Règlement 956 (MACF) et Pilier 2 : Le double défi de conformité des multinationales en Belgique

Le paysage réglementaire et fiscal des grandes entreprises établies en Belgique a connu une mutation profonde au cours des dernières années. Les directions financières et les responsables de la chaîne d’approvisionnement doivent désormais piloter deux obligations structurelles majeures. Ces règles redéfinissent la charge administrative des groupes internationaux. D’une part, l’architecture de la fiscalité directe est bouleversée par l’entrée en vigueur des règles de l’imposition minimale mondiale de l’OCDE, connues sous le nom de Pilier 2, actée par la loi du 19 décembre 2023.
D’autre part, la politique douanière et environnementale européenne a introduit un nouveau standard strict pour le début de l’année 2026 avec la phase définitive du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF). La gestion de ces deux impératifs nécessite une compréhension fine des transpositions légales locales et des mécanismes de déclaration exigés par l’administration belge. Le respect des délais de notification, l’immatriculation adéquate auprès des autorités et l’adaptation des flux d’importation constituent désormais des préalables absolus pour sécuriser les opérations.
Points clés à retenir
- Pilier 2 : Impôt minimum de 15 % pour les multinationales dont le chiffre d’affaires consolidé atteint au moins 750 millions d’euros.
- MACF : Statut de déclarant autorisé obligatoire dès le 1er janvier 2026 pour importer des marchandises à forte intensité carbone.
- Obligations locales : Enregistrement obligatoire à la BCE et versements via des comptes spécifiques (MyMinfin) pour le Pilier 2.
Quelles sont les règles du Pilier 2 et l’impôt minimum de 15 % en Belgique ?
Afin de contrer l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices, la Belgique a formellement introduit un impôt minimum de 15 % pour les groupes d’entreprises multinationales (EMN). Cette obligation a été instaurée par la loi du 19 décembre 2023, transposant la directive (UE) 2022/2523 du 14 décembre 2022 ainsi que les règles modèles GloBE de l’OCDE. La mesure s’applique également aux groupes nationaux de grande envergure.
Le critère d’assujettissement repose sur un seuil strict. Le groupe doit atteindre un chiffre d’affaires consolidé d’au moins 750 millions d’euros au cours d’au moins deux des quatre années fiscales précédant immédiatement l’année fiscale testée, sous réserve de dispositions transitoires spécifiques à la première année d’entrée dans le régime, selon les dispositions de la loi du 19 décembre 2023 et les informations publiées par le SPF Finances.
Les mécanismes de l’imposition minimale
Pour atteindre ce taux effectif de 15 % sur le territoire national, le législateur belge a structuré le prélèvement autour de mécanismes fiscaux interdépendants. Cette architecture garantit que les bénéfices générés en Belgique ou par des filiales étrangères soient captés en cas de sous-imposition.
| Mesure | Sigle | Objet |
|---|---|---|
| Impôt national complémentaire qualifié | QDMTT | Priorité locale permettant à la Belgique de prélever l’impôt complémentaire sur les bénéfices sous-imposés des entités situées sur son propre territoire. |
| Règle d’inclusion du revenu qualifiée | RIR | Permet d’imposer la société mère ultime belge sur la part des bénéfices de ses filiales étrangères soumises à un taux effectif inférieur à 15 %. |
| Règle relative aux bénéfices insuffisamment imposés qualifiée | RBII | Filet de sécurité permettant l’imposition locale si l’entité mère étrangère n’applique pas la règle RIR dans sa propre juridiction. |
La mise en œuvre de ces règles exige une analyse approfondie des états financiers consolidés. Le mécanisme QDMTT est particulièrement central pour l’administration belge, car il lui permet de conserver la priorité de l’imposition avant qu’une juridiction étrangère ne puisse activer sa propre règle RIR.
Comment gérer les obligations administratives du Pilier 2 en Belgique ?
Si les principes du Pilier 2 sont définis à l’échelle de l’OCDE, leur exécution pratique relève des prérogatives de chaque État membre. En Belgique, l’intégration de ces obligations nécessite une navigation précise à travers les interfaces de l’administration fédérale.
Les groupes soumis à l’impôt minimum doivent obligatoirement s’enregistrer à la Banque-Carrefour des Entreprises (BCE). Cette immatriculation s’effectue via une notification préalable au SPF Finances, formulée via le formulaire de notification disponible sur MyMinfin. La notification doit être effectuée par l’entité mère ultime établie en Belgique. Lorsque plusieurs entités mères ultimes sont établies en Belgique, c’est l’entité mère ultime désignée comme mandataire qui procède à la notification. Lorsqu’aucune entité mère ultime n’est établie en Belgique, la notification est effectuée par l’entité constitutive présente en Belgique (ou celle désignée comme mandataire s’il en existe plusieurs).
Quels sont les délais de notification légaux ?
Le respect du formalisme temporel est essentiel. En Belgique, la notification initiale d’un groupe d’EMN ou d’un groupe national de grande envergure au SPF Finances doit être effectuée au plus tard 30 jours après le début de l’année fiscale pour laquelle le groupe entre dans le champ d’application de la loi du 19 décembre 2023.
L’administration a toutefois prévu une mesure transitoire pour amortir le choc de la première année d’application. Le délai de notification pour les groupes dont l’année fiscale était déjà entamée, ou qui entamaient leur première année fiscale sous ce régime, a été exceptionnellement étendu jusqu’à 45 jours après la publication de l’arrêté royal du 15 mai 2024 au Moniteur belge.
Comment fonctionne la procédure de versement anticipé ?
Sur le plan purement financier, la gestion des liquidités liées à l’impôt complémentaire répond à un protocole strict. Les versements anticipés pour l’impôt complémentaire QDMTT et l’impôt RIR ne peuvent pas être versés sur les comptes ordinaires de l’impôt des sociétés. Ils doivent être effectués sur des comptes bancaires spécifiques gérés par le Centre de Perception à Bruxelles, dont les références exactes doivent être préalablement vérifiées sur MyMinfin pour chaque type d’impôt complémentaire (QDMTT et RIR) afin d’éviter tout mauvais acheminement.
Pour garantir la bonne affectation des fonds, chaque transfert doit obligatoirement inclure une communication structurée générée au préalable via la plateforme MyMinfin. L’absence de cette référence entraîne un risque de rejet ou de mauvais acheminement du paiement, exposant l’entreprise à des majorations pour retard de versement.
Comment se conformer à la phase définitive du MACF entrée en vigueur en 2026 ?
Parallèlement au défi fiscal, les départements de la chaîne d’approvisionnement font face à une transition douanière. Depuis le 1er janvier 2026, le MACF (Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières) est entré dans sa phase définitive. Conformément au Règlement (UE) 2023/956, cette bascule a modifié radicalement les conditions d’entrée des marchandises sur le territoire européen.
À partir de cette date, les marchandises soumises au MACF (telles que l’acier, le ciment, l’aluminium ou les engrais) ne peuvent être importées que par des opérateurs disposant du statut de déclarant MACF autorisé. Ce statut s’applique tant aux importateurs directs qu’aux représentants en douane indirects. Cela marque la fin de la période de tolérance déclarative.
Quelles sont les exemptions et les limites matérielles ?
Bien que la réglementation impose un contrôle strict des importations à forte intensité carbone, le texte européen prévoit certaines limites d’application pour alléger la charge des petits opérateurs. La réglementation européenne inclut une exemption de minimis définie par des actes délégués ultérieurs, s’adressant aux importateurs qui introduisent un volume limité de marchandises MACF au cours d’une même année civile.
Il est toutefois crucial pour les directions industrielles de noter que le traitement de cette exemption diffère pour des secteurs spécifiques comme l’électricité et l’hydrogène. Pour ces vecteurs énergétiques critiques, l’obligation de déclaration et la nécessité de détenir le statut autorisé obéissent à des règles d’application spécifiques en cours de finalisation au niveau européen. Cela impose une traçabilité douanière absolue.
Foire Aux Questions (FAQ) sur les formalités techniques du MACF
Comment le compte MACF doit-il être encodé lors du dédouanement ?
Pour que l’importation soit validée par les autorités douanières à partir du 1er janvier 2026, le numéro de compte MACF du déclarant autorisé doit obligatoirement figurer dans les déclarations en douane, au moyen du code TARIC Y128. La structuration de ce code est imposée par les systèmes informatiques européens et s’appuie sur un format d’identification défini par les spécifications techniques du registre MACF. La douane peut vérifier automatiquement, à l’aide du système européen CERTEX, si le numéro de compte MACF déclaré correspond aux données reprises dans le registre MACF.
Que signifient les différents éléments de cette nomenclature douanière ?
La composition de cet identifiant répond à une logique de traçabilité stricte :
- Code pays : correspond généralement au code du pays d’établissement de l’entreprise (par exemple, BE pour la Belgique).
- Année : indique l’année en cours de l’enregistrement.
- Identifiant unique : représente une séquence alphanumérique unique attribuée à l’opérateur, dont le format exact dépend des spécifications techniques européennes définitives.
Tout écart par rapport à ce format précis entraînera un blocage automatique de la déclaration.
Quelles sont les prochaines étapes pour la conformité des entreprises ?
La nécessité de se conformer à la fois au MACF et au Pilier 2 oblige les multinationales belges à repenser la gestion de leurs données. Les informations requises pour calculer l’empreinte carbone douanière et celles nécessaires à la détermination du taux effectif d’imposition mondial partagent une même exigence de granularité financière et opérationnelle.
La séparation traditionnelle entre les départements de la fiscalité directe et ceux de la chaîne d’approvisionnement constitue désormais un défi technique. Dans la perspective des premières déclarations définitives MACF et des contrôles fiscaux sur le Pilier 2 déjà engagés depuis 2026, les entreprises doivent anticiper les prochaines échéances. Les directions devront rapidement initier des audits préalables, automatiser la collecte des données fournisseurs et procéder à l’intégration urgente d’outils de reporting transversaux unifiés pour s’assurer d’une parfaite conformité légale.


